Rolex Fastnet Race : field report by Alwena for Pure Ocean

Objectif principal pour Alwena cette saison, la Rolex Fastnet Race ! Charles s’étant malheureusement blessé proche de l’échéance, c’est Lucas qui le remplace. Après une préparation méticuleuse du bateau et des roadbooks, nous sommes prêts à prendre le départ parmi les IRC 3 devant le mythique Royal Ocean Racing Club à Cowes.

Environ 450 bateaux au départ, étalé sur plusieurs vagues. Nous prenons un très bon départ, au timing et avec du vent frais. La sortie du Solent se fait au louvoyage dans un flux forcissant de 12 à 25nds, nous perdons petit à petit du terrain face aux IRC 3 logiquement plus rapides dans ces conditions.

Solent -> Iles Scilly

Toujours des bords de près en exploitant les petites bascules, et le jeu de courant dans les baies. Passage à niveau à Portland avec un courant de 7nds associé à une molle, ça tourbillone fort autour du bateau ! Bon choix tactique qui nous permet de revenir sur des bateaux plus gros. Après ces plusieurs heures de course, la flotte est incroyablement dense, impressionnant de nuit ! Nouvelle transition au petit matin du jour 2, une bonne gestion de cette molle nous permet de faire un petit break sur nos concurrents turcs et allemands, aussi en Sun Fast 30 OD. La suite se fait au près jusqu’à Lands Ends dans un vent moyen de 15nds. En approche des Scilly, premier blackout électronique.

Iles Scilly -> Fastnet

On est déjà cramés car le bateau tape fort au près dans la mer et c’est impossible de dormir. On se relaie à la barre en mode aveugle, en suivant les autres bateaux pour ne pas rentrer dans les DST. Au petit matin, tentative de diagnostic : on débranche tout, on rebranche tout et ça finit par revenir, sans identifier avec précision l’origine de la panne. La mer devient plus dure et le pilote est incapable de barrer le bateau. On se relaie donc 24h/24 à la barre, avec quelques croisements chauds de nuit face aux gros IRC qui descendent à plus de 20nds. Remontée interminable toujours à tirer des bords, dans une visibilité typiquement anglaise. Le bateau prend beaucoup d’eau et l’intérieur est un pédiluve. L’arrivée au Fastnet est cependant magique avec le retour du soleil et le vent qui redescend en dessous de 20nds.

 Fastnet -> Iles Scilly

On enroule vers 16h locale, on prend des gribs, et on espère enfin mettre le pilote pour aller dormir. Nouveau black-out complet qui ne sera plus jamais résolu jusqu’à l’arrivée. Le vent rentre à 25nds, ça déboule sous spi à fond et en rattrapant des gros bateaux. L’intérieur passe de pédiluve à piscine olympique et le bateau plante fort dans les vagues. Toujours quasi impossible de dormir. Au petit matin, je suis obligé de réveiller Clara car je vois une petite fille faire de la balançoire dans le bateau (juste un ciré qui s’égoute en réalité, fatigue extrême…). Au changement de barreur, notre manque de lucidité nous fait cocotter le spi. Il y a 20 tours très serrés et Lucas doit monter au mât dans une mer bien formée. 1 heure interminable dans le mât, avec les conséquences physiques associées et 1 heure supplémentaire pour Clara pour démeler ce bordel une fois sur le pont. Et on renvoie l’A2 complétement intact ! Les turcs en profitent pour croiser devant (ils sont 3 à bords). On prend une meilleure option en passant loin du dévent des Scilly, ce qui permet de leur mettre un loukoum (j’aurai dit « un caramel » si on avait affaire à des bretons).

 Iles Scilly -> Cherbourg

Enfin quelques heures de calme et un peu de soleil. On tente de faire sécher habits et duvets pour la dernière nuit de course. On arrive chacun à faire une sieste qui rétabli quelques connexions cérébrales, et enfin un petit apéro à base de sardines et fromage basque qui nous remet d’aplomb suite à tous ces lyophilisés. Portant VMG toujours sur ce segment, avec une bonne pression la nuit. On garde le A2 pour être véloce et surtout passer le Raz Blanchard avec le courant. La nuit est cette fois très difficile à cause du trafic maritime (je passe à même pas 50m d’un gros cargo, c’est chaud !). On passe à la fin du courant de justesse, et on finit avec un bon bord de power reaching sous A2 et sur la portière. On affale 50m avant la ligne pour de pas finir dans la digue. Le tout accueilli par la patrouille de France qui nous survole pile à ce moment ! Les 2 autres Sun Fast 30 sont assez loin derrière, et on arrive autour des Sun Fast 3200 et J99 pour un total de 5 jours et 2h30 de course. Soit 18h de plus que les JPK 1030 qui représentent l’IRC 3 avec des ratings plus petits…

 Bilan global :

Enormément de souffrance pour très peu de plaisir pris (le passage du Fastnet, la sieste-apéro sur le dernier segment, et les dauphins en permanence autour du bateau). La course au large est une drogue dure, ça détruit mais on y retourne ! On a navigué proprement, avec une bonne stratégie malgré l’absence d’info que l’on avait.

Bilan humain : excellent ! Malgré la difficulté de la course et la fatigue, on a toujours été en phase dans l’humeur et la bienveillance l’un envers l’autre, avec supplément bonnes vannes et karaoké.

Bilan matériel : nous n’avons absolument rien cassé (sauf les humains) ! Le bateau et très dur au large, en ergonomie (position de barre à la gîte…), il tape et l’eau rentrait à l’intérieur par tout l’accastillage de pont (le goutte à goutte sur le duvet dans la banette !). Un travail d’étanchéité est au programme ainsi qu’un diagnostic de la panne B&G.

 Un immense merci à Ludo et l’association Massilia Sailing Academy, qui au travers des entrainements et formations nous permettent de naviguer et participer à des régates exceptionnelles !

Lucas & Clara