05 Août Rolex Fastnet Race : field report by Solenn for Pure Ocean













(images du carrousel en grand ci dessous)
La Rolex Fastnet Race, dont c’était le centenaire, et organisée par le RORC, était le point d’orgue de cette première partie de saison avec le tout nouveau Solenn for Pure Ocean, JPK 1050
n°2 livré en avril. Je repars avec Eliott comme prévu, ce sera notre 3eme offshore ensemble après l’Armen et Cowes-Dinard, la motivation est là. Le bateau est archi prêt et les bonshommes aussi.
La préparation roadbook avec Dominique Vittet avec un groupe de coureurs du Yacht Club de France a été remarquable et nous permet d’aborder la course sereinement quant à la stratégie et les clés de décision selon les timings et évolutions de la situation météo globale. Tout est intégré dans Adrena et nous suivrons sur le PC les évolutions.
Nous voilà samedi 26 au départ à Cowes, après une nuit au calme à East Cowes Marina et un fish & chips au Lifeboat Pub où je commence à avoir mes habitudes, c’est mon 3eme Fastnet après tout ! Coté semi scows : les 4 JPK1050, 2 Pogo RC et Lann Ael sont là, tous en double et bien menés, on n’est pas très loin d’un Figaro, ça va être intense !
Départ -> Solent
Le vent est de secteur ouest modéré, courant descendant depuis peu, nous partons plutôt bien, juste au vent de Leon (JPK & Alexis Loison), côté ile de Wight. Remontée du Solent moins évidente pour nous, pas évident de bien dégager les bons bords et nous avons un peu tricoté à l’envers avant de réussir à nous remettre dans le bon tempo. Passage de Hurst par 20 nds de vent au près, nous avons déjà rattrapé les derniers IRC1 partis avant nous.
Solent -> Iles Scilly
C’est parti pour 48h de près, sous GV et J2, et la flotte est toujours aussi dense. Sortons bord à bord avec Laudato (Regis Vian et sa fille Clémence), un peu en retard mais plus nord que le peloton de tete. Restons dans le flux principal du courant avant de commencer de nous rapprocher de la terre pour se mettre à l’abri de la renverse et aller chercher une droite annoncée. Au large de Portland Bill , les semis scows sont tous bien là, avec d’autres voiliers doubles affutés : figaro 2 et 3, XP44, etc. Patrick Isoard en double sur son 50’ est loin devant mais c’est bien logique. La baie suivante jusque Start Point sera traversée tout droit ou presque, au près. Nous revoila enfin à tirer des bord pour passer le Cap Lizard. Passons Land’s end en formation serrée…. Décidément personne ne lâche aucun mètre !!!
Iles Scilly -> Fastnet
Passage direct plein ouest tribord amures vers le sud du DST Nord Scilly, puis ont tire des bords pour passer au nor des Scilly. Les plus petits IRC 4 notamment passeront sud du DST Ouest finalement plus intéressant compte tenu de leur timing. La suite se passe toujours au près, la vie par 25° de gite devient routine, on s’habitue à tout faire de travers à bord et à se tenir, le bateau passe pas trop mal dans les vagues compte tenu de ses formes, mais c’est parfois un peu violent quand il tape un bon coup , pas facile de boire mon café le matin ! On se relaie dehors, à la barre ou pas car le pilote Exocet Essentiel assure en mode vent. Il barre comme nous barrons et nous fait franchir la houle avec douceur. Avons bien en tête maintenant la consigne TWA en fonction de la force du vent et nous ajustons régulièrement. Blindé en bastaque, génois tendu et régul de la GV entre palan fin et chariot, nous avons une très bonne speed. Windbag devient notre meilleur ami et Eliott devient notre performer en continu, interdiction d’etre à moins de 100% de la flotte trackée et à portée d’AIS 😊.
Le rythme est bel et bien pris à bord, y compris pour nos dodos à tour de rôle, les repas et petits kifs bons pour le moral ! A noter que la connexion satellite est quand un même un atout certain pour rafraichir les gribs et suivre les concurrents, mesurer les gains et les pertes, c’est très précieux.
Fastnet
Derniers bords lundi soir dans une bruine et brume qui se densifie avec la nuit qui tombe pour enrouler le Fastnet dans une nuit noire, on voit le pinceau du phare au dessus de notre mat
quand nous sommes à 200m du rock ! Sommes juste derrière Léon et Lann Ael, vraiment proches à 2 milles max, Pilou et Amarris 4/6 milles derrière.
Lors de la montée le long du DST, le vent était plutôt autour de 12-14 nds de NW, et cela nous a semblé intéressant de prévoir d’envoyer le code 0 après le Fastnet avant d’envoyer le Spi après le DST. Erreur d’appréciation fatale, nous n’avons pas rechallengé la décision après le phare alors que le vent est monté à 20 nds, nous ne tenons pas le Code 0, le rouler et affaler nous met un peu dans le rouge. Plantage PC et je longe le DST sur la petite carto sur l’afficheur Zeus du cockpit. En mode affichage nocturne, mes mauvais yeux me trahissent : je vois mal la fin de du DST, et pense qu’on peut abattre et spier. Quand Adrena est de nouveau up & running, horreur : nous sommes dans le DST !!! Affalage du A2 en cata, il passe à l’eau, se déchire sur un mètre… nous ressortons du DST au plus proche possible du point d’entrée mais la pénalité de 3% du temps de course sera logiquement appliquée (et ne fera pas l’objet d’adoucissement malgré argumentation, les interdictions de DST étant là pour des raisons de sécurité, il n’y pas de compromis). Never again le mode nuit sur les Zeus !
Fastnet -> Iles Scilly
On en a fini enfin avec ce maudit DST et filons à 145/150° du vent sous spi A4 le temps de réparer le A2 (merci Eliott pour la réparation béton même s’il a pris 1 kg au moins d’insigna !) et le renvoyer. Les 150 milles jusqu’aux Scilly sont avalés à 12,5 nds de moyenne, vent moyen 24 nds. Vent max enregistré 26 nds. Top speed de ce bateau incroyable : 21,3 nds !!! Qu’est ce que ça sera quand on aura 30 nds de vent ???
Arrivons aux Scilly en 3eme position des semi scows, mais nos déboires au Fastnet nous ont couté cher, sommes 10-12 milles derrière Leon et Lann Ael. Mais toujours devant Pilou et Amarris 😊. Laudato victime d’une avarie finira la course au ralenti en bon marin que sont Regis et Clémence. Pilou (Hervé Chataigner et Gildas Morvan) Aruba/Amarris (le Pogo RC du chantier mené par Tanguy Bourroulec et Achille Nebout) ne sont qu’à 5/6 milles derrière. C’est loin d’être fini , il reste toute la Manche.
Iles Scilly -> Cherbourg
Le vent a bien baissé et le soleil permet aussi de sécher les bonshommes et le bateau ! toujours sous spi, j2 et le tourmentin en trinquette (gain certain au dela de 12 nœuds de vent), nous remontons la Manche en nous tenant prudemment à l’écart de la coté anglaise par ce vent de NW, Amarris recolle un peu tandis que Pilou s’approche trop des cotes anglaises et ralentit. Passage au Sud d’Aurigny très favorable et nous voila au raz Blanchard avec le flot, mais un vent mollissant…. S’écroulant et nous sommes stoppés trop près de la côte surement pendant 1h30.
La fin se joue toujours sous spi, passage de la ligne à Cherbourg juste devant Amarris, et accompagnés par Thomas Coville venu en semi rigide accueillir son fils Eliott après sa première grande offshore, très sympa.
Bilan global :
4eme des doubles, 5emes IRC 2 et 24emes IRC overvall. Ratons de peu un bel exploit qui aurait pu etre juste derrière Leon qui remporte non seulement IRC2, IRC 2H mais aussi l’overall !
Le bateau a besoin encore d’un peu de mise au point, c’est une machine incroyable dessinée par le sorcier Jacques Valer et construite par JPK Composites à Larmor Plage. Très polyvalent, il passe bien même là où on ne l’attendait pas. Sous spi c’est juste fantastique, il fallait 30 nds de vent pour atteindre ces vitesses avec le 1080, là il suffit de 25 nds. Et la carène est d’une stabilité remarquable, avec le pilote Pixel sur Mer, que l’on commence à mieux appréhender notamment au niveau des surcouches gite et AWA, c’est bluffant de foncer à 18 nds sous pilote une fois habitué à la vitesse…. (et je me suis frotté plusieurs fois les yeux pour vérifier la TWS)
Merci à Delta Voiles et Pepper Sails, nous avons un jeu de voiles qui tient bien la route, notamment au près et cela augure bien pour l’avenir !
Habillés par Musto – Yachting Spirit by Nico, nous n’avons pas eu froid et sommes restés au sec !
Pour la photo de jour avec le phare, il faudra revenir en 2027 !
Je voudrais remercier à ce stade de la saison mon jeune coskipper qui a remplacé Nico – indisponible – au pied levé et m’a supporté pendant les 2000 milles courus ensemble sur les 2700 déjà avalés : Eliott a démarré la course au large l’année dernière sur le Figaro 3 Orlabay avec un groupe très sympa de jeunes, et je souhaite rendre hommage à cette formation accélérée de très bon niveau qui a hissé ce jeune équipage à un niveau élevé, les automatismes et les bons reflexes sont déjà là, avec de très bonnes références de réglages, metéo et navigation. Doté de (très) bons gènes 😉 Eliott est doué et a un bel avenir en course au large !
Fiers aussi de porter ainsi les couleurs de la fondation Pure Ocean que je promeus depuis quelques années, beaucoup ont bien vu ses couleurs au départ en live sur youtube, en photo et en vrai en mer !
Place à un peu de repos , le bateau descend à Marseille par la route fin aout pour retrouver l’UNM à l’Anse de la Réserve.
Credit Photos : RORC, MSA, Thomas Coville, Michael Frohlich (Zero II)







