Race Report : Mini Transat by Thomas Quillasi

Mini Transat pour Pulse : remontada à travers l’Atlantique ! 

Je vous raconte ma première transatlantique en mini 6.50 à bord de Pulse – France Renouvelables

La Boulangère Mini Transat 2025, organisée cette année par Versace Sailing Management, s’est déroulée en une unique étape (Canaries > Guadeloupe) après l’annulation de sa première étape (Les Sables-d’Olonne > Canaries) pour cause de tempête sur les côtes portugaises. 

Après avoir passé 2 semaines à Palma à profiter des délices de l’île, je devenais impatient de repartir sur l’eau pour en découdre avec les copains. Le départ est donné le 25 octobre sous un soleil de plomb et peu de vent. Après un départ dans le premier tiers, je me place à l’est pour traverser la dorsale au plus vite. La flotte se scinde en 2 autour de l’île de Hierro et je mène le groupe “Est Hierro”, persuadé que l’option paiera à J+1. Mais à J+2, verdict : le vent revient par l’ouest. Mon option ne fonctionne pas du tout et, le plus à l’est, je me retrouve dernier avec plus de 50 milles de retard.J’ai beau relativiser, je trouve que c’est cher payé. À partir de ce moment, je décide d’arrêter d’écouter le classement lors de la vacation. 

Pour me consoler, l’océan m’offre l’un des plus beaux moments de ma transat : au petit matin, dans une mer d’huile reflétant un ciel laiteux, j’aperçois deux baleines sur tribord à une dizaine de mètres, soufflant leur eau/air verticalement et avançant majestueusement en direction de Pulse. J’abats franchement pour les laisser passer et savourer le spectacle. Je sais qu’elles m’ont vu et qu’elles ont apprécié la priorité. Ce sont ces instants qui rappellent pourquoi on est là. 

Nous sortons donc de la dorsale et touchons finalement les alizés, encore assez faibles. À la vacation météo, je comprends que les choses sérieuses commencent : il y a de la casse à l’avant de la flotte et certains doivent s’arrêter réparer au Cap-Vert. L’alizé monte en puissance pour s’établir autour de 25 nœuds. À ce moment-là, nous savons que nous sommes dans le vent qui nous emmènera jusqu’au rhum qu’on nous tendra au quai d’honneur en Guadeloupe. 

Passé le Cap-Vert, je passe 5 jours seul, sans personne à l’AIS et à la VHF. On m’avait prévenu de la solitude en mini ; cette fois-ci j’y suis. Je ne sais pas où sont les autres et les premières terres devant sont à plus de 2000 nm. Je m’occupe en poussant la barre et en surfant toute la nuit sous la pleine lune. Le but : rattraper la prochaine vague. Je trouve le bon rythme en barrant la nuit avec la lune qui éclaire les vagues, et le jour, de 11 h à 15 h, le cockpit étant invivable avec le soleil, j’en profite pour enchaîner les siestes. Je ne le sais pas encore, mais c’est à ce moment-là que je commence ma remontada. 

J’ai droit aussi à mes premiers soucis techniques : un accro important sur mon spi médium au niveau du point d’amure où il y a beaucoup d’efforts sur le tissu. Après une première réparation express avec de l’insigna seul, je rajoute le lendemain un mixte sika + insigna qui tiendra jusqu’au bout. Je passe aussi une matinée à psychoter sur un claquement que fait mon safran bâbord. Après une triple inspection des ferrures extérieures et intérieures du tableau arrière, et surtout une bonne sieste, le bruit n’est jamais revenu… 

Commence alors le dernier tiers de ma transat où je retrouve du monde au contact, mais aussi des grains de nuit comme de jour. Il y a déjà eu deux démâtages à cause de ces nuages capricieux, mais je les prends comme le boss de fin du jeu : content d’être arrivé jusque-là mais concentré pour terminer. Ça change un peu des alizés où il y a juste quelques bascules à jouer. Là, il va falloir slalomer entre les plus violents et s’approcher des plus avantageux. L’exercice devient impossible et très stressant dans la nuit noire avant que la lune se lève. Je me fais quelques frayeurs et prends plusieurs fois des douches sous le déluge de pluie au centre du nuage du grain. 

Au fur et à mesure que j’avance, j’ai de nouveaux coureurs à l’AIS et à la VHF ; je reconnecte avec la course et me remets finalement à écouter le classement. Je réalise que j’ai eu un bon décalage sud qui m’a permis d’accélérer les nuits de pleine lune, mais aussi que le podium des bateaux de ma catégorie “pointu” est envisageable. Nous sommes à 15 jours de course en solitaire au milieu de l’Atlantique, les bateaux sont usés et les marins éreintés. La lune n’est plus pleine et nous vivons au rythme des grains. On commence aussi à croiser des bateaux de la Transat Café OR avec qui on échange à la VHF. Plusieurs nous remémorent leurs années mini. 

J’arrive à profiter d’un petit grain pour semer le second Nacira (similaire à Pulse) de la flotte, avec qui j’ai bataillé 3 jours. Je me retrouve avec Alphonse, qui a déjà gagné en pointu la SAS en 2024. C’est assez inespéré une telle remontada après mon option désastreuse Est Hierro en début de course. Jusqu’au dernier jour, nous sommes bord à bord à jouer avec les grains et je prends finalement l’avantage. 

Après 18 jours de course, j’arrive le 12 novembre, le jour de mon anniversaire ! En cadeau, en plus de la remontada, j’ai mes proches qui sont là sur un zodiac alors que personne ne devait être là, ou du moins je n’étais pas au courant. Je mets un moment à les reconnaître de nuit avec la fatigue, et surtout je n’arrive pas à enlever Alphonse de ma tête, qui m’obsède depuis 48 heures. 

Après un bon rhum et le classique interview ponton, je retrouve la grande famille des ministes qui me confirme ma place au classement. 

Premier des pointus sur la Mini Transat, mais surtout une aventure hors norme et l’aboutissement d’un projet de deux ans d’apprentissage, de concessions et de galères — je pense notamment au démâtage au large du Cap Corse en début de projet. Très heureux d’avoir partagé ça avec France Renouvelables, MSA et l’UNM, et de voir à Marseille de nouveaux projets mini visant la prochaine Mini Transat en 2027. 

Merci à toute l’équipe MSA, qui porte la course au large à Marseille, avec qui j’ai beaucoup appris et surtout pris du plaisir à naviguer et échanger. Un remerciement spécial au coach mini Mathieu Claveau pour ses multiples conseils — je partais de loin ; à Nicolas Turin, qui répond à toutes mes questions sur le circuit mini depuis 3 ans, avant même que j’en achète un, et qui m’appelle la veille des courses pour me rappeler les vraies priorités : prendre du plaisir ! Et à Ludovic, pour le partage de son expérience et tout ce qu’il impulse au sein de MSA. 

Pour la suite, je savoure encore… et surtout je me repose. Tant que le mini n’est pas vendu, je continuerai à naviguer en Méditerranée où il y a un beau circuit international. À moyen terme, pour mettre à profit ce que j’ai appris, je cherche un projet en duo ou en équipage réduit, avec un programme offshore et transat.